Part 2/8 – Histoire Saint-Estèphe. Terre d’échanges dès l’époque gallo-romaine / A land of exchange even in gallo-roman times

Les Gaulois du Médoc qu’on appelle les Médulli -une peuplade autochtone celte qui aurait donné son nom au Médoc, ‘terre du Milieu’ ‘milieu des eaux’- ont sans doute exploité la vigne après avoir fait connaissance avec le vin importé d’Italie par les Romains. Bien qu’avant le Moyen-âge on ne puisse pas véritablement parler de culture de la vigne dans le Médoc, on pense que les échanges commerciaux et culturels entre ces deux peuples ont contribué à l’apport des améliorations et des nouveautés dans la viticulture. Les Romains appréciaient le savoir faire des Gaulois notamment dans la métallurgie, le tissage de la laine et surtout les techniques du bois, comme la tonnellerie, une invention judicieuse dont nos grands vins ne pourraient se passer. Le peuple gaulois et notamment les Bituriges Vivisques, fondateurs de Burdigala (Bordeaux), acclimatèrent le cépage Biturica, ancêtre possible du cabernet. Les nombreux vestiges gallo-romains, découverts un peu partout dans l’appellation (Aillan, Cos, Meney, l’Hôpital de Mignot, Montrose ou au Bourg), recensent des vases, des tuiles, des pièces, des haches.

Extrait de la carte du cours de la Garonne 1759

Le port Saint-Estèphe serait-il une extension de Noviamagus, grand centre urbain gallo romain ?

Le fleuve a joué un rôle primordial dans l’histoire de Saint-Estèphe en permettant aux navires de toutes origines de venir s’approvisionner en produits locaux ou échanger des marchandises. Les nombreux cours d’eau, esteys et marais racontent aussi l’histoire de cette commune.

Des amarres de bateaux découverts au pied d’une vieille tour à Saint-Corbian plus précisément dans une parcelle de vignes du château Tour des Termes (qui signifie ‘Fin des Terres’) confirme l’existence d’une importante communication par la navigation dans les marais et larges esteys aujourd’hui asséchés. A proximité de la tour, il existe encore des marais qui ont été utilisés jusqu’au 18ème siècle et constituaient autrefois une vaste baie en communication avec la Gironde. L’actuel château Calon-Ségur se situe sur un site d’oppidum gaulois. Les bateaux venaient accoster jusqu’à ‘Calon’ dont la signification étymologique gauloise rappelle l’eau et la pierre. Dès l’époque gallo-romaine, pour faciliter les échanges commerciaux, des lieux de rendez-vous se créaient à des carrefours frontaliers accessibles par voie d’eau. C’était le cas du marais de Reysson qui réunissait plusieurs ports, ceux de Saint-Estèphe, Cadourne, Saint-Germain d’Esteuil et Vertheuil. Inventés par les Gaulois, repris par les Romains ces marchés-frontières au nombre d’une dizaine en Europe, situés en bordure de rivière sont souvent appelés ‘nouveau marché’ ou Noviamagus.

On sait qu’à cette époque une ville portuaire aussi importante que Burdigala existait: Noviamagus. Beaucoup d’hypothèses ont été émises pour situer cette ville probablement engloutie par les eaux. Selon quelques spécialistes Saint-Estèphe pourrait être une prolongation de Noviamagus ou du moins serait englobée dans la même zone géographique. Son port n’aurait pas disparu mais se serait tout simplement envasé. Il est vrai que la découverte du site archéologique de Brion, proche de Saint-Estèphe, a révélé d’importantes constructions dans ce secteur. Les Romains aurait fait naître une nouvelle ville avec une activité commerciale et administrative intense comprenant théâtre et riches villas. Le site de Brion rappelle la richesse d’occupation que l’on trouve habituellement dans les grands centres urbains. Les restes d’un théâtre semi-circulaire d’environ 2000 places, aussi important que le Palais Gallien à Bordeaux en est la preuve. La partie sud du marais de Reysson qui se situe dans Saint-Estèphe est riche de trouvailles gallo-romaine. D’autres vestiges comme la découverte de la villa de Bois-Carré, près de Saint-Estèphe, située au bord du marais dans la commune de Saint-Yzans, constitue un témoignage précieux de ce que fut un grand domaine agricole. Les nombreux objets trouvés, tels la vaisselle en provenance d’Italie, les colliers de Belgique ou les différentes monnaies nous laissent deviner la place importance qu’occupaient l’activité commerciale et les échanges avec l’extérieur. Il est probable que cette zone d’activité fut Noviamagus mais cette dernière reste secrète et continue d’alimenter les légendes à moins qu’elle ne réapparaisse du fleuve un jour de grande marée.

Saint-Estèphe, a land of exchange even in gallo-Roman times,

The Gauls of the Medoc, known as the Medulli – an indigenous Celtic tribe who are said to have given their name to the Medoc – “terre du Milieu” (middle-earth), “milieu des eaux”   (middle of the water) – without doubt started to cultivate the vine after becoming familiar with wine imported from Italy by the Romans.  Before the Middle Ages we cannot really speak of a wine growing culture in the Medoc, but it is believed that trade and cultural exchanges between these two peoples played a part in the introduction of improvements and innovations in viticulture. The Romans appreciated the skills of the Gauls, particularly in metallurgy, wool weaving and especially wood working techniques, such as cooperage (barrel-making), a judicious invention that our fine wines could not have done without. The Gauls and particularly the Bituriges Vivisques, the founders of Burdigala (Bordeaux), acclimatized the Biturica grape variety, possible ancestor to our Cabernet.  The many roman artifacts discovered more or less throughout the appellation area (Aillan, Cos, Meney, l’Hôpital de Mignot, Montrose or in the St Estèphe village), include vases, tiles, coins and axes.

Could Saint-Estèphe’s port be an extension of Noviamagus, the great Gallo-Roman metropolis?

As the reader would have gathered, the river has played a vital role in the history of Saint-Estèphe by permitting ships from all parts of the world to take in supplies of local produce or to trade goods. The many streams, esteys and marshes also played their part in the commune’s history.

Boat moorings discovered at the foot of an old tower in Saint-Corbian, more precisely in a plot of vines belonging to Château Tour des Termes (which means “Lands End”), confirm that there was a large navigation network in the marshes and broad, now dry channels. Marshes that were used until the 18th Century and that once formed a large bay connecting to the Gironde, can still be found near the tower. The present day Château Calon-Ségur is situated on the site of a Gallic oppidum. The boats came to dock as far as “Calon” whose Gallic etymological origin relates to water and stone. From Gallo-Roman times, meeting places were set up at border intersections accessible by water in order to facilitate trade. The marais de Reysson (Reysson marsh) was one such example. It included several harbours, those of Saint-Estèphe, Cadourne, Saint-Germain d’Esteuil and Vertheuil. Invented by the Gauls, and adopted by the Romans, this type of border-market situated along the river edge, of which there were around ten or so in Europe, were often referred to as “new market” or Noviamagus.

It is known that at this time there was another port town as important as that of Burdigala: Noviamagus. There have been numerous theories attempting to pinpoint the location of this town that was probably swallowed up by the waters. Some scholars believe that Saint-Estèphe may have been an extension of Noviamagus or at least included within the same geographical area.  Its port may not have died out but might simply have sunk. The discovery of the Brion archaeological site near Saint-Estèphe showed that there were once important buildings in this area. The Romans could have created a new town with significant trading and administrative activity that included a theatre and lavish villas. The Brion site is indicative of a richness of occupancy typically found in large urban centres.  This theory is borne out by the ruins of a semi circular theatre of around 2000 seats as large as the Palais Gallien in Bordeaux. The southern part of the Marais de Reysson, located in Saint-Estèphe, is rich in Gallo-Roman finds. Other remains such as those of the Bois-Carré villa, near Saint-Estèphe, located at the edge of the marsh in the Saint-Yzans commune, are important evidence of what was once a great agricultural estate. The numerous objects found, such as tableware of Italian origin, Belgian necklaces and various coins, point to the central role that trading and outside exchanges would have had. It is likely that this busy area was indeed Noviamagus but this town still lies concealed and will continue to nourish legends unless it one day re-emerges from the river on a strong tide.